Un apprenti sorcier chez Saint Laurent

Cela a dû être une semaine un peu compliquée pour Anthony Vaccarello, le directeur de la création de Saint Laurent : Hedi Slimane, son prédécesseur (bien plus célèbre que lui) est une fois de plus fois au centre de l’attention à Paris, puisqu’il va faire ses débuts dans sa nouvelle maison, Celine, d’ici trois jours.


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Saint Laurent - Spring-Summer2019 - Womenswear - Paris - © PixelFormula

Cela dit, Kate Moss était éblouissante dans la campagne publicitaire de Saint Laurent cet automne, allongée dans les vagues sous l’objectif d’Inez & Vinoodh, dans une de ces robes fleuries spectaculaires dont Anthony Vaccarello a le secret : une bien belle image de magazine. Mais cette publicité aurait dû nous alerter sur ce qui nous attendait.

Le décor était assez magnifique : un bassin géant d'eau noire de quelques centimètres de profondeur, encadré d’un côté par dix palmiers tout blancs et brillants, de l’autre par le public sur 100 mètres de gradins, et avec, au Sud, la Tour Eiffel. Celle-ci s’est illuminée à 20h00 pile ce mardi soir, donnant le signal du début du défilé. Au loin, des milliers de fans observaient avec enthousiasme de l’extérieur, un geste démocratique bien senti.

Mais en revanche, on se demande qui a bien pu avoir l’idée absurde de forcer chaque top à traverser tout le bassin ?

Bien sûr, cela fournit un titre évident pour les articles de presse : « Les mannequins de Saint Laurent marchent sur l’eau ». Et cela conviendrait très bien pour faire une vidéo originale. Mais lors d’une telle soirée que l’automne a rafraîchi d’un coup, cela semblait un peu absurde, d’autant que la plupart des tops portaient des pantalons en mousseline et des corsages. Et que tout cela semblait un peu forcé.

Les vêtements quant à eux étaient parfois excellents, tels ces blazers blancs à rayures fines, ou ces vestes militaires cools avec des brandebourgs, ou encore ces boléros à quatre poches très chics, et tout particulièrement ces chemises blanches de princesses de la Renaissance, d’où émergeaient des manchettes en dentelle de plusieurs kilomètres de long.

Mais une grande partie de cette collection semblait familière, que ce soit le smoking à revers contrastants, les mini-shorts à n’en plus finir, les tuniques en daim inspirés par les Indiens d’Amérique et les nombreuses versions de ces robes en mousseline tombant sur les chevilles, en noir transparent ou à motifs fauves. Difficile de ne pas remarquer les sourcils froncés de nombreux tops alors qu’elles se concentraient de toutes leurs forces pour ne pas chuter dans l’eau trouble.
 

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Saint Laurent - Printemps - été 2019 - Prêt-à-porter féminin - Paris - © PixelFormula

On imagine qu'ils se sont bien amusés en réunion de production en imaginant cette mise en scène, mais le résultat avait juste l’air idiot et plutôt forcé, et d’une certaine manière, pas très Saint Laurent. On a du mal à imaginer Yves apprécier. Le défilé n’était pas servi par une bande son industrielle assourdissante, qui vous donnait l’impression d’être enfermé dans la salle des moteurs d’une Etoile de la Mort tombant en ruines.

Une expérience ratée, juste avant le retour d’Hedi Slimane à Paris, après deux ans d’exil à Los Angeles.

En fait, cela rappelait la fameuse scène de l’Apprenti Sorcier dans Fantasia, quand le jeune novice enchante un balai pour faire son travail à sa place, après le départ de son maître, mais finit par détruire presque entièrement le laboratoire de ce dernier car il est incapable de stopper le balai, lequel va carrément déclencher … une inondation.

Traduit par Marguerite Capelle

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