Le Bangladesh relève de nouveau le salaire minimum dans le textile

A compter de décembre 2018, les ouvriers bangladais du textile-habillement verront leur salaire minimum légal mensuel augmenter de 51 % pour atteindre 8 000 takas (environ 81 euros), contre les 5 300 instaurés en 2013 à la suite du drame du Rana Plaza. Une hausse qui intervient au sortir de plusieurs mois de négociations tripartites entre syndicats, élus et représentants de l’industrie qui, de leurs côtés, redoutent une perte de compétitivité de la production bangladaise par rapport à celle des pays voisins.


Le salaire textile minimum va désormais avoisiner 81 euros par mois - Reuters

La question est d’autant plus épineuse que l’industrie bangladaise du textile-habillement pèse 30 milliards de dollars (25,7 milliards d'euros), représentant à elle seule les quatre cinquièmes des exportations locales. Une dépendance au textile qui se traduit sur le marché de l’emploi du pays : 40 % des emplois industriels du Bangladesh sont dédiés à la production textile et habillement, avec quelque 3,5 millions de travailleurs répartis dans près de 5 000 usines.

L’effondrement du Rana Plaza, immeuble de Dacca transformé en manufacture, avait fait près de 1 130 morts le 24 avril 2013. Les nombreuses étiquettes de marques occidentales photographiées dans les décombres avaient déclenché une médiatisation mondiale du drame, poussant les marques impliquées à faire montre d’initiatives pour améliorer les conditions de travail et relever les salaires. Les industriels locaux redoutaient déjà à cette époque qu’une hausse des salaires n’entame la compétitivité du pays, qui a capté une vaste partie des productions textiles d’entrée de gamme. Mais la pression gouvernementale face aux menaces de boycott d'ONG et acteurs internationaux avait finalement opéré.

Un changement alors bienvenu, sachant que les salaires textiles avaient connu une érosion sur la décennie précédente, selon une étude menée sur les salaires internationaux du textile par Worker Rights Consortium. L'étude pointait un recul de 2,4 % des salaires bangladais dans le textile entre 2001 et 2011. Un recul néanmoins limité par rapport à d’autres pays, en raison des hausses de salaires intervenues à la fin de la période. Le pays avait en effet vécu à la fin des années 2000 une longue série de grèves et manifestations, parfois sanglantes, chez ses ouvriers du textile. Mais, plus de cinq après le Rana Plaza, les observateurs n’en restent pas moins circonspects face aux changements opérés dans l’industrie depuis ce drame.

Selon l’Institut français de la mode, l’Union européenne a renforcé de 2 % ses importations d’habillement bangladais au premier semestre 2018, avec 8 milliards d’euros de marchandises. Cela fait du pays le deuxième fournisseur de l’Europe, derrière la Chine et devant la Turquie et l’Inde. Côté textile, le Bangladesh est le onzième fournisseur du Vieux Continent, avec 189 millions d’euros de matériaux (+5 %).

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