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La "Réserve des Arts" ou l'art de recycler les déchets de la création

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AFP
Publié le
22 nov. 2014
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3 minutes
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Chutes de cuir et de tissus luxueux, matériaux issus d'expositions ou de décors de cinéma: pour éviter de jeter ces tonnes de matières premières, une association les collecte et les brade aux créateurs, qui leur offrent une seconde vie.

Photo AFP/ François Guillot


"Ce cuir-là, j'aurais jamais pu me l'offrir", sourit Anna en sortant de son gros sac les bouts de cuir brun qu'elle vient d'acheter à 10 euros le kilo. "Ici, il est dix fois moins cher. C'est une grande aide pour se lancer et oser."

Créatrice de maroquinerie et de bijoux en devenir, la jeune femme de 27 ans vient d'adhérer à la "Réserve des Arts", une ressourcerie spécialisée dans les matériaux de la création qui revend des fournitures collectées dans des grandes entreprises.

Inspirée d'un modèle américain, "Materials for the arts", l'association s'est créée en 2008. D'un petit espace éphémère au Palais de Tokyo, elle est passée à une première boutique à Paris et vient d'inaugurer son entrepôt de 1.000 m³ à Pantin, au nord de la capitale.

Dans le dédale des allées, un inventaire éclectique: bobines de fil, pots de peinture déjà ouverts, morceaux de cuir, plexiglas ou poignées de porte... Tous se côtoient avec un point commun: ils auraient dû finir à la poubelle.

"Un déchet, c'est quelque chose qui n'a plus de valeur pour son propriétaire", soutient Sandrine Andréini, directrice de l'association, qui a noué des partenariats avec quatre entreprises du luxe, du bricolage et de l'événementiel pour récupérer leurs rebuts.

Mais chut: pour préserver "la démarche de développement durable, plutôt que celle d'acheter un produit recherché", elle ne dévoilera pas les noms.

Mathieu Esclassan, ébéniste, regarde, touche puis remet finalement des tissus en rayon. "Tout n'est pas forcément de mon domaine mais j'aime venir ici et me laisser surprendre. En plus, le concept de moins jeter pour valoriser, j'adhère complètement", explique ce trentenaire qui arbore des bretelles en cuir jaunes, fabriquées à partir de chutes chinées à la "Réserve".

Soudain, son regard se pose sur des dalles en verre jaune à 20 euros pièce. "Avec du bois et ces dalles, il y a un truc à faire comme une table basse. C'était les dalles au sol d'un podium, il y a sûrement des mannequins qui ont défilé dessus", s'enthousiasme-t-il.

Venus en camion, Axel et Daria repartent pour une centaine d'euros avec des kilos de matériel. Et ce qui amuse ces organisateurs d'événements autour du design, c'est le passé de tous ces objets: "On a trouvé des gros panneaux utilisés pour une exposition à la Cité des Sciences et le cuir d'une scène de théâtre!"

Jeunes créateurs dans la dèche, étudiants en art, mais aussi artisans ou intermittents du spectacle, l'association compte plus de 1.000 adhérents et espère, grâce à un appel aux dons, ouvrir prochainement dans son nouvel entrepôt un atelier avec machines et outils pour travailler les matériaux sur place.

Initiative "originale" et unique en France, cette association de cinq salariés a notamment été soutenue par la région Ile-de-France pour créer des emplois et s'installer en Seine-Saint-Denis.

"Pantin est un endroit charnière. A deux pas de Paris, il est proche de Montreuil et ses artisans du bois et des studios de télé et de cinéma d'Aubervilliers et Saint-Denis", ajoute Sandrine Andréini. Car, au-delà du côté artistique, l'idée première de la "Réserve des Arts" est bien de sensibiliser sur le gaspillage dans le secteur culturel.

En 2013, elle a ainsi récupéré 21 tonnes de déchets dont 16 ont été réutilisées.

Par Jessica LOPEZ ESCURE

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