La mode chez Marras : une passion de père en fils

Antonio Marras s’est dédoublé en cette Fashion Week milanaise. Le créateur a dévoilé, à côté du défilé de sa ligne principale, la toute nouvelle collection de sa ligne jeune, I’M Isola Marras, prise en main par son fils Efisio. Dans la matinée de samedi, le créateur sarde a ainsi ébloui Milan par un show spectaculaire dans le chantier du théâtre Lirico en pleine rénovation, tandis que son fils Efisio faisait ses premiers pas sur la scène mode avec une présentation remarquée au sein du salon White Milano.

Giulietta Masina était au centre du défilé d'Antonio Marras samedi - DR

La ville de Milan, via l’association « Cantiere-evento », a ouvert pour l’occasion le Lirico, l’historique théâtre milanais fermé depuis 20 ans. Il n’en fallait pas plus à Antonio Marras pour mettre en scène l’un de ses shows les plus délirants. Il s’est inspiré cette fois de Giulietta Masina, l’actrice muse et femme de Federico Fellini, restituant, au milieu de cette cathédrale poussiéreuse pleine d'échafaudages, la magie et la poésie du réalisateur italien.

Une acrobate suspendue à un trapèze se balançant au-dessus du public a ouvert ce défilé émouvant. Avec leur chapeau à fleurs ou en turban, alternant tailleurs rétro à rayures Régimental, robes en macramé colorées, en soies imprimées, brodées ou encore en dentelles et volants, les mannequins interprétaient chacune sa propre « Giulietta ». « Une femme menue et timide, mais dotée d’une forte personnalité », comme le soulignait le styliste en backstage.

Sur le podium ont également défilé d’autres personnages felliniens entre saltimbanques et artistes, ainsi que de nombreux amis d’Antonio Marras. Le show se concluant en beauté sur la mélancolique mélodie composée par Nino Rota pour le film La Strada, interprétée par la fanfare de la ville de Milan, tandis que des couples hétéro et homosexuels s'embrassaient avec passion sur la piste.

Voir le défilé
Antonio Marras a fait défiler les personnages de Fellini dans un chantier - © PixelFormula

Changement de ton et de style chez Efisio Marras, qui présentait, de l’autre côté de la ville, dans le quartier Tortona, fief du salon White, sa première collection I’M Isola Marras, tout en épure. Le jeune homme de 25 ans, qui a tout fait pour s’éloigner de son père, a été rappelé au bercail afin de prendre en main cette deuxième ligne créée en 2008, qui avait un peu de mal à trouver ses marques.

La ligne, produite depuis 2013 par Loma, entreprise textile spécialisée dans la maille de Reggiolo (Italie du centre), s’affranchit aujourd’hui de son fondateur et créateur, Antonio Marras, pour prendre un nouvel envol avec un style nettement rajeuni, plus street et easy, tout en mettant l’accent sur la qualité et la recherche.

Dans ce délicat exercice de repositionnement, Efisio est parti du thème de la classique chemise pour homme blanche (proposée aussi en jaune, noir et bleu), qu’il a retravaillée pour la transformer en différentes variantes de robes d’été et la décliner ensuite dans un vrai total look exclusivement en popeline de coton.

Pas de froufrous, ni d'ornements, si ce n'est le jeu subtil avec tous les codes de la chemise (boutons, coutures, boutonnières), détournés et repris ici et là pour donner du caractère aux vêtements, enrichis par ailleurs par un imprimé : des clichés au style un brin rétro en noir et blanc pris par le styliste durant ses vacances… en Sardaigne.

La ligne I'M Isola prend un coup de jeune avec Efisio Marras aux manettes - DR

La photographie est, de fait, la première passion d’Efisio Marras, qui a étudié cette discipline à la Parsons School à Paris, puis dans les écoles Saint Martins à Londres et Tempio à Tokyo. « Je suis tombé amoureux des campagnes shootées par Paolo Roversi à Cuba pour Kenzo, lorsque mon père en était le directeur artistique et que nous vivions à Paris », raconte-t-il.

« Je travaillais à New York lorsque mon père m’a demandé de l’aider sur l’exposition qu’il a réalisée à la Triennale de Milan. On s’est rapproché et de fil en aiguille, j’ai repris en main I’M Isola. La technique, je la possède. Je suis né dedans », poursuit le jeune homme, qui appelle tour à tour son styliste de père « babbo » (papa) ou « Marras ». « La poésie absolue a déjà été faite par Marras. Certes, il y a un fil conducteur, mais j’ai veux proposer quelque chose de vraiment différent », glisse-t-il.

Avec ce changement radical, I’M Isola a perdu, certes, quelques clients, mais elle en a gagnés de nouveaux avec un total de près de 250 revendeurs et un point de vente monomarque à Dubaï. La différence se retrouve aussi dans les prix, qui ont baissé de 25 %. « Il y a eu une évolution à tous les niveaux. On a inséré des produits plus street. Il y a moins de broderies, mais on a toujours les imprimés. A l’arrivée, 90 % des anciens clients ont suivi », conclut la directrice commerciale, Marina Guidi. Au programme, aussi : une ligne underwear.

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