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16 nov. 2022
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De la décharge au dressing, la nouvelle vie des rebuts de la mode

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AFP-Relaxnews
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16 nov. 2022

Comment réduire l'impact de nos déchets sur la planète ? Repoussants, sales, voire répugnants, les déchets n'ont jamais eu bonne presse, jusqu'à ce que la crise climatique contraigne les créateurs de mode à se réinventer. Résultat, les fauteuils des métros, les parapluies cassés, les paquets de chips, les emballages, les chaussettes, et les déchets alimentaires constituent aujourd'hui les matières de prédilection d'une foule de jeunes talents qui tentent de réduire le gaspillage tout en sensibilisant le public au fléau de la surproduction.




Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Une citation qui prend tout son sens aujourd'hui avec la pratique du surcyclage (upcycling en anglais), qui consiste à offrir une seconde vie, et même à sublimer toute sorte d'objets initialement voués à être jetés. Et les déchets n'y coupent pas, loin de là, ils constituent même désormais une matière première non négligeable pour moult créateurs de mode, bien décidés à révolutionner les pratiques de l'une des industries les plus polluantes au monde.

Quatre millions de tonnes de textiles au rebut

Selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), l'empreinte carbone de l'industrie de la mode s'élèverait à 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre, soit environ 2% des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Consommation excessive d'eau, utilisation de produits chimiques, mais aussi déchets contribuent chaque année à accroître l'impact du secteur sur la planète. A titre d'exemple, les Européens se débarrassent chaque année de quelque qautre millions de tonnes de textiles, dont 80% sont jetés dans la poubelle pour ordures ménagères pour finir par être enfouis ou incinérés, ou par atterrir sur le continent africain.

Face à l'urgence climatique, des acteurs engagés tentent de révolutionner toute une industrie à travers le surcyclage, avec la volonté de sublimer les rebuts de la mode. Autrefois malmenés, et surtout mis à l'écart, les déchets, parfois parmi les plus surprenants, s'offrent une nouvelle vie pour transformer durablement nos garde-robes. Chutes de tissus, airbags, sushis, parapluies, fruits de mer, coques de cacao, paquets de chips, et sièges, comptent aujourd'hui parmi les matières premières utilisées par des créateurs, entrepreneurs, ou acteurs engagés, pour dessiner les contours des collections de prêt-à-porter de demain.

Le déchet, source d'inspiration et de création



En plein boom, la pratique est synonyme de champ de tous les possibles pour celles et ceux qui s'y initient, que ce soit via de simples chutes de tissus, comme des objets totalement inattendus. Les acteurs à l'initiative de ces projets redoublent d'inventivité pour valoriser les déchets, détritus, et autres objets indésirables, à l'instar de Faguo qui s'est employé à transformer des balles de tennis en sneakers, de la maison de couture Iris van Herpen qui a conçu une robe à partir de coques de fèves de cacao usagées, et plus récemment du designer Peter Do qui a imaginé deux tenues à partir de crevettes et de champignons.

Des projets qui ne sont pas passés inaperçus du fait de la renommée des marques, mais d'autres acteurs de la mode, ou d'autres secteurs, bien moins connus, ont eux aussi relevé le défi de l'upcycling haut la main, faisant de plusieurs objets surprenants des matières premières (désormais) incontournables. C'est le cas de la brasserie japonaise Sapporo Breweries qui s'est attelée à transformer les déchets issus du processus de brassage - comprendre du malt et des feuilles et tiges de houblon - en jeans. Chose rendue possible grâce à un partenariat avec Shima Denim Works, une entreprise spécialisée dans les vêtements confectionnés à partir de bagasse, les déchets résultant du broyage de la canne à sucre.

En Inde, le surcyclage est devenu en quelques mois seulement une pratique courante, permettant de débarrasser les villes des déchets. En témoigne la start-up basée à Pune EcoKaari, qui collecte des déchets, tels que des sacs plastique, des emballages de cookies, de chips, de nouilles instantanées, ou de lessive, voués à polluer les terres et océans, pour les transformer en sacs à main, en portefeuilles, et même en couvertures de livres. L'engagement est le même pour le label Urban Darzi dont les équipes, basées à Kanpur et New Delhi, se tournent vers les décharges pour dénicher les emballages alimentaires, les déchets ménagers, les meubles cassés, et autres journaux qui leur permettent de créer de nouveaux vêtements.

Un sac en pare-brise, une veste en parapluie



Ces derniers mois, les déchets sont devenus des matières premières particulièrement prisées, même si, paradoxalement, les créateurs aimeraient les voir disparaître. Certains étant bien sûr extrêmement polluants. Un constat qui a poussé la marque Sans Les Plumes à transformer les sièges des transports parisiens en chaussons urbains, et le label R-Coat à collecter les parapluies cassés dans les rues de nombreuses villes du Portugal - et d'ailleurs - pour en faire des vêtements. Une initiative que l'on doit à ses fondatrices, Anna et Yasmin, qui ont à ce jour permis d'éviter à plus de 2.000 parapluies cassés de finir en décharge.

L'industrie automobile n'est pas en reste, et commence à repenser sa façon de traiter ses déchets en les envoyant, par exemple, à des créateurs capables d'en faire des vêtements et accessoires. Dès 2021, Heron Preston a fait équipe avec Mercedes pour concevoir des pièces de mode à partir d'airbags usagés, et depuis les initiatives se sont multipliées à vitesse grand V. Hyundai a lui aussi fait le choix d'"upcycler" certains de ses équipements - airbags, pare-brise, sièges, moquettes, ceintures de sécurité - en vêtements à travers son projet Re:Style. Tout comme le designer Ryohei Kawanishi qui s'est associé à la société de recyclage Nishikawa Shokai pour mettre au point une collection entièrement conçue à partir d'airbags. Véritables prouesses qui montrent que le surcyclage compte bel et bien parmi les solutions à envisager pour réduire les déchets.

Ce ne sont donc plus uniquement les rebuts de la mode que les créateurs exploitent pour faire de nouveaux vêtements, mais tout ce qui est considéré comme polluant pour la planète et/ou peut facilement être réutilisé. En témoigne le récent engouement de certains parfumeurs pour le surcyclage, qui ont désormais recours aux écorces de clémentines, aux cabosses, et même à la lie de vin blanche récupérée dans les fûts, pour composer de nouvelles fragrances.

Si l'on considère que 20 milliards de tonnes de déchets sont déversées dans les océans chaque année, il y a (malheureusement) de quoi concevoir quantité de vêtements. Ce n'est bien évidemment pas l'objectif à court terme. A leur niveau, chacun de ces créateurs tente de faire un geste pour la planète, visant surtout à sensibiliser les acteurs de la mode, tout comme le public, au fléau que peuvent représenter le gaspillage, la surproduction, et les montages de déchets qui peuplent la planète.

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