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Clémentine Martin
Publié le
2 mars 2023
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Cecilie Bahnsen, Acne Studios et Litkovska: fantaisie et sobriété à Paris

Traduit par
Clémentine Martin
Publié le
2 mars 2023

Pendant la troisième journée de la Fashion Week parisienne, plusieurs poids lourds du secteur ont défilé, dont deux marques faisant partie du groupe espagnol Puig: Dries Van Noten et Paco Rabanne. Mais ce n’est pas tout: plusieurs marques étrangères, dont la danoise Cecilie Bahnsen, la suédoise Acne Studios et l’ukrainienne Litkovska, ont présenté leurs nouvelles collections le même jour, alternant des univers fantastiques et éthérés avec une solennité plus sobre.


Cecilie Bahnsen - Automne/hiver 2023/2024 - Collection femme - France - Paris © ImaxTree - © ImaxTree


50 nuances de rose chez Cecilie Bahnsen



De délicates enveloppes rose pastel portant le nom de chaque invité écrit en lettres cursives attendaient les fidèles de la danoise Cecilie Bahnsen, dont le défilé a eu lieu l’après-midi du mercredi 1er mars. Elles ne faisaient qu’annoncer la couleur. L’événement avait lieu dans l’une des salles du Palais de Tokyo, d’un blanc lumineux et baignée d’une fumée blanche renforçant l’effet onirique. La marque danoise, qui commence à faire sérieusement parler d’elle à l’étranger, avait fait appel à l’interprète Suki pour l’ambiance musicale.

Intitulée “Untitled (Pink, White, Red, Red“) (“Sans titre (Rose, Blanc, Rouge, Rouge“), cette collection éthérée pour l’automne-hiver prochain a servi de prétexte à la marque pour enrichir son univers, intime et délicat. Pour Cecilie Bahnsen, la fondatrice et directrice artistique de cette griffe créée en 2015, Paris représente “le berceau de la haute couture“.

“Cette saison, j’ai eu envie de refléter l’expression artistique, expérimentale et émotionnelle avec une performance musicale. Un peu comme l’écriture d’un journal créatif qui s’exprimerait à travers la musique, les vêtements ou les émotions“, détaille la créatrice danoise pour FashionNetwork.com. Il s’agit selon elle de sa collection “la plus mature et la plus féminine“ à ce jour. Les premiers looks illuminaient le podium avec des laçages aux épaules et des broderies jaune pastel, mais ils cédaient rapidement le pas à une série de tenues bien plus sobres, où le noir était à l’honneur.

Les voluptueuses robes asymétriques de la maison, en quelque sorte sa marque de fabrique, étaient principalement portées superposées, avec des traînes, des jupes en gaze ou même des corsets semi-transparents, des vestes à manches bouffantes ou à coupe péplum ou des pulls légers en mohair. La créatrice s’est offert le plaisir d’expérimenter avec le denim, appliquant des coupes romantiques ou des techniques de haute couture aux jeans bleu marine classiques. Une fois de plus, la griffe danoise a mêlé des codes masculins et féminins traditionnels en questionnant leurs frontières.

Cecilie Bahnsen a renouvelé sa collaboration avec Asics, débutée la saison dernière, pour créer une collection complète de sneakers métallisées brodées de fleurs colorées. Elle a également fait appel à la marque britannique de vêtements de pluie Mackintosh pour imaginer des imperméables ondulés. Les sacs en toile qui complétaient la collection empruntaient leurs tissus aux robes.

“J’ai voulu travailler avec des matériaux que nous avions déjà au studio, au lieu de partir de zéro. Cela a provoqué d’incroyables associations de couleurs, qui ont donné son nom à la collection. C’est vraiment très stimulant d’expérimenter avec ce qui se passe lorsque l’on laisse parler son imagination en travaillant à partir de choses existantes, au lieu de commencer d’une page blanche“, argumentait Cecilie Bahnsen en coulisses. Elle n’a pas hésité à utiliser des patchworks de plusieurs tissus et à mélanger allègrement les tonalités, donnant une nouvelle dimension à sa patte bien reconnaissable.

Et le défilé n’a pas manqué d’attirer les foules, avec la présence de nombreuses influenceuses et adeptes de la marque scandinave. Au premier rang, on pouvait reconnaître Cecilie Thorsmark, la PDG de la Copenhagen Fashion Week, qui a eu lieu récemment.


Acne Studios - Automne/hiver 2023/2024 - Collection femme - France - Paris © ImaxTree - © ImaxTree


Acne Studios: une inquiétante promenade dans une forêt enchantée



Nous avons délaissé l’univers onirique de Cecilia Bahnsen pour passer à la faune fantastique d’Acne Studios. La maison avait transformé le prestigieux Lycée Carnot, construit en 1875 par Hector Degeorge et Gustave Eiffel, en un sous-bois sombre, enchanté et très fréquenté. Au sol, de petites pierres noires rappelaient des roches volcaniques, tandis que d’impressionnantes vignes enchantées s’entrelaçaient sur elles-mêmes. De grandes feuilles lilas et vertes en émergeaient, ainsi que de brillantes chaînes de cristaux.

“Nous voulions créer un lieu magique qui capturerait la topographie d’une forêt obscure. J’aime la façon dont les bois changent en permanence, dont ils grandissent et se transforment“, revendique Jonny Johansson, le cofondateur et directeur artistique de la marque suédoise. Il a conçu la scénographie en partenariat avec la créative Shona Heath.

Ce processus de métamorphose était représenté dans la collection mixte mise en scène par Acne Studios, aux airs mystérieux et aux accents sulfureux. Les mannequins évoquaient des nymphes et des elfes surgissant de la nature, vêtues de robes en feuillage créant des superpositions suggestives et de grandes franges végétales vertes. Les tons marron étaient aussi omniprésents, sur des jupes taille basse, des superpositions végétales ou un top en forme de grande feuille.

Les manteaux et les trenchs étaient délibérément oversize, comme des cocons protecteurs, remparts contre de possibles dangers se cachant dans les sous-bois. Une série de silhouettes en cuir, pour leur part, semblaient donner de la puissance aux créatures mythologiques d’Acne Studios. Des combinaisons à manches longues, pour elle comme pour lui, des blousons en patchwork portant le logo de la marque dans le dos ou de longs manteaux à fermeture zippée surmontant de minuscules mini-jupes alternaient entre la pureté d’un noir de jais et des teintes oxydées et décolorées.

Des lacets latéraux définissaient les pantalons et les jupes, pour une touche sexy chère à cette marque culte. Certains ensembles reproduisaient cet effet de laçage via des impressions en trompe-l’œil. Et les illusions visuelles ne s’arrêtaient pas là: l’une des mannequins avait le buste décoré d’un paysage sur fond bleu. Impossible de savoir s’il s’agissait d’un t-shirt imprimé très ajusté ou d’une œuvre de body painting.

Des fleurs de trois dimensions différentes apparaissaient dans plusieurs looks, dont des silhouettes en maille filée ou asymétriques et des robes trouées en tissu peluche. Certains coloris, cependant, étaient plus intenses: on retiendra une robe jaune fluo satinée à manches XXL et un modèle turquoise à ouverture latérale, avec des franges dansant de façon suggestive au rythme de la musique du bois.


Défilé de Litkovska à la fashion week de Paris - Antonio So - DR


La mode sans artifices de Litkovska



Il y a un an, la guerre en Ukraine commençait. Pour commémorer cette date, la griffe ukrainienne fondée par la créatrice Lili Litkovska a à nouveau défilé à la Fashion Week parisienne. Il y a un an, la jeune femme avait fui la guerre et débarqué dans la capitale française avec une présentation comptant en tout et pour tout un immense drapeau ukrainien et des codes QR à scanner pour découvrir le travail de ses collègues et compatriotes. Mais cette fois-ci, la marque originaire de Kiev a jeté son dévolu sur l’emblématique salle de cinéma et de spectacle Le Grand Rex.

À l’entrée, un immense drapeau bleu et jaune était projeté. Un lettrage inspiré du cinéma classique indiquait “Litkovska. From the war zone with peace“ (“Litkovska. Depuis les territoires en guerre, nous venons en paix“). Des cornets de pop-corn étaient signés du nom de la marque et la bande sonore avait été confiée à la Canadienne Celine Dion. Dans cette ambiance digne d’une avant-première cinématographique, les silhouettes de Litkovska proposaient “une nouvelle vision du luxe quotidien qui remet en cause la notion d’image“. La créatrice décrivait ce défilé solennel intitulé “On Air“ comme une “ode à la résilience“.

Très dignes, les tenues étaient emblématiques du style de Litkovska, superposant des pièces XXL comme des manteaux oversize, des parkas à capuche et des trenchs déconstruits. Inspirées de coupes traditionnelles, les silhouettes jouaient avec les formes, mélangeant les patrons et les tissus pour créer des effets de contraste sur des blazers originaux, des vestons singuliers ou des jupes asymétriques.

La palette de couleurs était, elle aussi, plutôt sobre: du blanc, du noir, du champagne apparaissant sur des robes satinées ou un top à traîne latérale. Des accents rose poudré, bleu électrique ou rouge écarlate venaient relever le tout. Un tour de force de la part de la designer, qui a imaginé cette dernière collection sur fond d’alarmes anti-aériennes, de bombardements, de coupures d’électricité et de problèmes d’approvisionnement en matières premières.

“Nous utilisons notre marque pour transmettre notre résistance et notre amour. Être la seule marque ukrainienne au programme officiel de la Fashion Week de Paris est un grand honneur et une grande responsabilité“, déclarait la créatrice en coulisses. Elle vit aujourd’hui entre Paris et Kiev.

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