Bilan des salons de la mode de Paris : les exposants s'expriment

Au terme de quatre jours de salons au parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris, les exposants des salons de la mode se confessent pour une prise de contact souvent positive mais un bilan commercial toujours mitigé.


Au salon du Prêt-à-Porter Paris, les remarques sont très différenciées selon les espaces du salon. La prise de contact est bonne à Atmosphère d'Hiver, Casabo ou Be Twin au rez-de-chaussée même si l'on constate une baisse du visitorat. Jérome Dreyfuss qui expose sa maroquinerie à Atmosphère ne critique pas les salons mais la manière dont les étrangers sont reçus lors de leur séjour à Paris. « 40 % de mes clients m’ont appelé pour me dire qu’ils ne viennent plus à Paris où ils sont très mal reçus et où la vie est très chère », déclare-t-il. C'est un problème des services qu'il déplore.

L'un des exposants ajoute : « lorsque les acheteurs ne viennent pas, ce n'est pas la faute d'un corridor trop étroit, d'une ambiance trop morose ou d'une musique trop forte. Il faut aussi savoir remettre en question son produit et l'adapter à la demande. »

Au deuxième étage, le bilan est mitigé. Chez Alain Weiz, tout se passe très bien tandis que chez Rodier, « cette première édition pourrait bien être la dernière... »

Au troisième et dernier étage, Aurélie Dumont pense que le Forum du commerce équitable assure une bonne prise de contact pour Veja. En revanche, « c'est dommage que l'identité de la marque passe après son implication dans le commerce équitable. Ici, on fait de la communication. Sur notre stand de Who's Next, on fait du chiffre. »

Quant aux exposants de Pick & Mix, ils sont critiques. Chez Playboy, on pense que « la grande toile rouge qui sépare le salon du reste du troisième étage ne fait que l'enclaver. Du coup, les visiteurs viennent peu. » Les allées sont effectivement peu encombrées. Du côté de Zinabo, « quand la musique est là, elle est trop forte et l'on ne peut pas avoir d'échange. Lorsqu'il n'y en a pas, l'ambiance est triste. »


Entrée du salon Who's next - Photo : Julie Mangaud

Sur Who's Next, « on ne sent plus l’émulation du départ, on avait beaucoup plus de clients. L’absence de grandes marques comme G-Star génère un tassement des visiteurs », selon la marque Faith Connexion qui expose au Fast. Le bilan des griffes de streetwear est bon même s'ils font toujours allusion à des dates tardives par rapport aux salons de Berlin et de Barcelone.

Chez la marque de sous-vêtements Pull In, « le bilan est bon parce qu’on rencontre nos clients et on joue beaucoup sur le relationnel. »

Sur Private, le nouvel espace de Who's Next, les exposants aiment cette nouvelle disposition et reconnaissent les efforts entrepris par l'organisation. Chez Diabless, Great Plains, 2Two notamment, les échanges avec les acheteurs sont plutôt satisfaisants.

Mais le visiteur peut déplorer un certain manque de visibilité dû à une signalétique à la police homogène. L'absence de personnalisation des stands et des logos des marques et l'absence de précision de leur provenance ne facilitent pas la visite. Par ailleurs, le nom des marques est inscrit sur les parois des stands, tantôt à leur gauche, tantôt à leur droite, ne contribuant pas à une découverte facile des exposants.


A Première Classe, le samedi a souvent été très calme. French Cancan résume sa situation ainsi : « le salon est bon pour la prise de contact, mais mauvais pour les commandes ».

Beaucoup d’acheteurs sont espagnols et asiatiques. On note aussi chez Lacoste ou Jean’s Paul Gaultier une forte présence des Italiens et quelques Américains.

Jean-Michel Despallières, directeur commercial de Jean’s Paul Gaultier, affirme que « le but de notre présence c’est d’avoir de nouveaux clients et là on a quatre ou cinq nouveaux clients par jour. Donc pas de quantité mais de la qualité. Notre bilan est plutôt positif mais le salon est calme. »


Salon international de la lingerie 2006, forum tendance

Au salon de la lingerie et à Interfilière, le visiteur est curieux et diversifié, bien que moins présent que les années passées. Pour Lénaïg Daniel, directrice commerciale de Maryan Mehlorn, « le salon nous a permis de prendre contact. De plus en plus de gens viennent nous voir. Il y a quelques années, on devait aller les chercher. » « Participer au salon c’est plus une consolidation d’un travail de fond, une occasion d’accroître la qualité d’une relation profonde. […] Le salon est un indicateur », selon Anne-Charlotte Pasquier, co-présidente d’Aubade à qui tout sourit sur le salon de la lingerie.

L’euphorie n’est pas toujours communicative : pour certains exposants, les clients manquent parfois à l’appel. Mais le bilan demeure positif. Beaucoup de nationalités sont présentes et offrent des perspectives d’avenir prometteuses à l’export. Comme 60 à 70 % du chiffre d’affaires de Millesia se fait à l’export, ce salon est incontournable pour la société. Pour la marque, « c’est un bon salon par rapport à la morosité de l’économie en 2005. Les gens sont positifs et ont envie de rebondir. »


Salon BijOrhca, porte de Versailles - Photo : Julie Mangaud

A BijOrhca, les visiteurs se font moins nombreux que les autres années. La raison principale de cette baisse de la fréquentation ? Les exposants l’attribuent au décalage des dates du salon de la décoration Maison & Objet au parc des expositions de Villepinte qui, cette année, s’est tenu du 27 au 31 janvier. Ils parlent aussi de la superposition des dates de ce salon parisien avec celles d’un salon lyonnais.

Pour Alexandra Dupont de l’Atelier de Lili, « beaucoup de clients se sont rendus à Maison & Objet et manquent à l’appel sur BijOrhca ». Certains pensent d’ailleurs retourner sur le salon de la décoration après plus de 10 ans d’exposition à la Porte de Versailles.

Pour Les Cordes, marque belge, « les gens viennent en curieux. Aucun contrat à l’export n’a été réalisé. » Beaucoup d’exposants critiquent la mauvaise segmentation du salon.

Pour Charlie Barokas, responsable de la communication et du développement de Réminiscence « on exporte beaucoup en ce moment malgré une réelle diminution du visitorat . Nous avons réalisé 106 prises de contact depuis quatre jours. Actuellement on a un stand de 80 m² mais il n’est pas impossible à terme qu’on revoit notre manière de travailler. »


Chaussure Woolenstock au salon du Midec - Photo : Julie Mangaud

Du côté du Midec, l’ambiance est plus calme. Certains le pensent obsolètes, d’autres anticipent sa disparition. Les propos sont parfois durs : « Ce salon est pleins de promesses. Il prétend être international alors qu’il reste très franco-français. » « C’est le plus cher d’Europe sous prétexte que Paris est la capitale de la mode. Il ne faut pas exagérer. » Beaucoup d’exposants déplorent son classicisme.

Mais le nouvel espace Capture dénote. « L’espace Capture correspond à l’esprit de nos marques (NDLR : Mexx, Tommy Hilfiger, Replay …), c’est un espace plus club. La musique est un vecteur fédérateur ; ça fait plus mode et fait venir les gens. On reviendra ! » affirme le directeur de GPG compagnie. Néanmoins, il ajoute que « le salon est plus un moyen de communication qu’un moyen de faire du chiffre. […] Les clients ne viennent pas pour acheter mais pour prendre rendez-vous et voir nos nouveautés. »

Mais le Midec n’est pas mort pour autant : il permet de solidifier les liens avec les détaillants et « reste the place to be pour rester dynamique » selon un consultant. Si ce salon de la chaussure reste incontournable pour toucher le marché français, les exposants, qui réalisent le plus gros de leur chiffre d’affaires à l’export, se doivent d’être présents sur les autres salons internationaux.


Défilé lors du salon Kid's Fashion février 2006

Quant au Kid’s Fashion, salon de la mode enfantine, les exposants sont satisfaits de leur bilan commercial malgré un certain calme. Sur le stand de Victoria’s Cashmere, « les acheteurs savent ce qu’ils veulent » et la clientèle est internationale.

« C’est une bonne chose que les Français se donnent les moyens d’investir dans l’enfant. […] Ce salon redonne ses lettres de noblesse et sa place de leader à la France dans la mode enfant » déclare Eric Barenton de Charabia.

Certains remarquent qu’un effort a été fait pour le zoning des secteurs et pour l’offre produits. Mais nombreux sont ceux qui critiquent l’absence d’une décoration et d’une musique adaptées à l’enfant. L’ambiance du salon est en inadéquation avec sa cible.

« Connaissant le contexte, le bilan est positif. Eric Barenton pense qu’on ne peut arriver avec des ambitions démesurées dans un salon en reconstruction. Kid’s est un salon de complément avec Pitti Bimbo. »


Au salon de la maroquinerie, la prise de contact est bonne malgré un calme relatif. Même si les retombées commerciales restent secondaires, la présence sur le salon demeure essentielle pour un grand nombre d’exposants. Véritable moyen de communication, le salon n’est pas l’occasion de faire du chiffre : « c’est un vecteur d’image de marque » pour Desley. Il est primordial de se faire connaître.

Chez Arthur & Aston, on déclare « Nous sommes l’accessoire du salon prêt-à-porter Paris ». D’ailleurs, beaucoup jugent que l’alignement des dates avec les autres salons du parc des expositions se révèle bénéfique. Si les autres salons n’avaient pas lieu en même temps et au même endroit, ils pensent que bon nombre de clients ne viendraient pas. Mais l’éclatement géographique des halls ne favorise ni l’échange ni la visibilité, selon eux.

Certains regrettent des promesses non tenues – des défilés auraient été annoncés, le manque d’ambiance, la nette diminution de la fréquentation. Pour Tomboy Wiz, « l’ambiance est trop conformiste. On n'attend pas le cadre de Who’s Next, mais au moins un peu de musique. » Chez Desley, « le bilan s’avère positif mais on attend les conclusions chiffrées. »


Certaines remarques des exposants des salons de la Porte de Versailles ont été de véritables leitmotiv. Sur la centaine d'exposants interviewés, il a souvent été déploré l'entrée quasiment systématiquement payante des salons. Un handicap pour les acheteurs qui, avant même d'acheter, ont déjà payé. La suppression du lundi au profit du jeudi a été très critiquée. Un gros problème pour les détaillants qui, selon les exposants interrogés, se déplacent sur les salons le dimanche et le lundi.

Néanmoins, ils se réjouissent de la synergie des salons de la Porte de Versailles qui créent une émulation autour de la mode et du moyen de communication indéniable que sont les salons.

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