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19 févr. 2020
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A Milan, une mode en quête d’authenticité

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19 févr. 2020

La mode a-t-elle un sens aujourd’hui ? La question a parcouru avec évidence la première journée des défilés milanais, mercredi. Chaque créateur apportant sa réponse ou proposant une piste à suivre. En particulier, Calcaterra avec une collection épurée à l’extrême, Marco Rambaldi et ses femmes libres de tous diktats sociaux ou encore Gilberto Calzolari embrassant une vraie démarche écoresponsable.
 

La robe-parapluie de Gilberto Calzolari - DR


Ce dernier, lauréat des Oscars de la mode écologique Green Carpet en 2018, a ouvert la journée de mercredi avec "un défilé dénonciation", tel qu'il l’a défini lui-même. Remettant en cause la frénésie actuelle de la surproduction et de l’avalanche d’images de mode que déversent en continu les réseaux sociaux, le créateur a fait défiler ses mannequins dans un décor entourés d’écrans, les figeant soudain en pleine course sur le podium, comme pour nous inviter à marquer un arrêt.
 
"C’est une invitation à la réflexion par rapport au monde fou dans lequel nous vivons sous l’emprise des fake news et de l'urgence climatique », nous explique le designer qui, à 45 ans, affiche une riche expérience au sein des plus grandes maisons (Marni, Alberta Ferretti, Valentino, Miu Miu, etc).

Après dix ans chez Giorgio Armani, Gilberto Calzolari a pris le large à 40 ans, décidant d'aborder la mode d’une manière plus responsable et fondant la maison qui porte son nom en 2015, où tous les vêtements sont réalisés à partir de "tissus oubliés", comme il les appelle, récupérés dans des stocks, mais aussi de nouvelles matières technologiques fabriquées de manière responsable. Il recycle également des matériaux insolites, qu’il transforme en tissus couture, comme ces parapluies, dont la toile est réutilisée pour confectionner un top et une jupe légèrement froncés.
 
Les robes-manteaux à gros boutons sont rehaussées d’un col amovible en peluche douillette dans des teintes pétantes. De fines tuniques en organza se superposent à des jupes à grosses paillettes. La silhouette dessine un chic féminin contemporain, qui joue les contrastes entre lignes structurées et plus fluides. Des empiècements colorés s’insèrent harmonieusement dans des patchworks de rayures, pied-de-poule et Prince de Galles.
 

La mode essentielle de Calcaterra - DR


Calcaterra va dans le même sens et pousse le propos à l’extrême en faisant défiler ses mannequins au son d’un quatuor à cordes avec une cadence ralentie au plus près du public. "J’ai voulu une collection intime d’une pureté absolue avec une palette neutre et des matières naturelles, qui soient traitées le moins possible", résume en backstage Daniele Calcaterra, qui s’est inspiré du morceau 4′33″ composé par John Cage avec ses quatre minutes trente-trois de silence.
 
Dans cette partition vestimentaire pour l'hiver prochain, le designer transforme le silence en musique. Chaque pièce constitue un élément essentiel. Le chandail enveloppant, le pantalon de velours côtelé, le jeans ample délavé, la chemise en coton blanc, la robe drapé ou encore le manteau, élément clé de cette garde-robe, décliné en peignoir mohair, en maxi capote à doublure fourrée ou encore en ample cape.
 
De lourdes couvertures en laine feutrée se transforment en jupes, top-châles ou longues tuniques. Tout respire le confort avec une élégance naturelle, où féminin et masculin fusionnent sans effort. Tous les vêtements sont monochromes sans la moindre fioriture. Hormis quelques total-looks noirs, la palette va du blanc cassé au beige, en passant par le rose chair.
 

La femme Marco Rambaldi pour l'hiver 2020/21 - DR


En ce premier jour de défilés milanais, Marco Rambaldi a esquissé pour sa part une femme libre, "qui réfute les tags que veut lui imposer la société", exprimant sa propre identité. Originaire de Bologne et s’inspirant depuis toujours de la culture contestataire et underground des années 1970, le styliste poursuit sa réflexion avec un vestiaire féminin inclusif et gender fluid, comme l’illustre la participation à son show de la chanteuse transgenre Eva Robin’s ainsi que de quelques modèles masculins.
 
Tout se joue dans les détails. Une veste et un manteau rose pâle sont matelassés via des cœurs en relief. On retrouve les cœurs cette fois réalisés au crochet dans des robes longilignes et sinueuses. Une robe moulante en velours bleu électrique s’offre un large décolleté, les jupes affichent deux fentes sur le devant.
 
Un hoodie noir est en réalité tricoté main avec son slogan "altre libertine" (autres libertines), sa capuche et ses longs cordons blancs. Les robes combinaisons en soie s’enfilent sur un tricot. Elles reprennent en imprimés, le motif des vieux napperons au crochet de grand-mère, utilisés ailleurs pour composer de longues robes ajourées.
 
Spécialiste du tricot, le créateur propose une série de très beaux pull-over jacquard reprenant l’iconographie des années 1970. Certaines de ces images s’incrustent dans le dos des vestes, telles des affiches. Marco Rambaldi se montre attentionné aussi à la qualité de ses fils et tissus, qui sont recyclés à partir d’autres matières par une entreprise italienne.
 
 

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