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"Positive Fashion Designer Exhibition" : les créateurs de demain s'exposent à Londres

Traduit par
Paul Kaplan
Publié le
today 18 sept. 2019
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Le nouveau format d'exposition du BFC (British Fashion Council, l'instance dirigeante de la mode britannique), inauguré pendant la Fashion Week de Londres, présente une sélection de créateurs émergents qui pourraient bien marquer de leur empreinte éco-responsable la mode de demain.


L'exposition "Positive Fashion Designer Exhibition" organisée pendant la Fashion Week de Londres par le British Fashion Council - Sandra Halliday


L'exposition "Positive Fashion Designer Exhibition" propose un point de vue différent par rapport au format précédent du BFC, les "Designer Showrooms", en mettant à l'honneur une série de créateurs émergents, tous axés sur le développement durable.

Le vêtement-bijou

Erika Maish, une créatrice textile née à Los Angeles, crée des pièces uniques qui ressemblent plus à des accessoires qu'à des vêtements, fabriquées à partir d'anneaux en métal recyclés. Lavés, pliés, articulés, peints à l'aérographe et transformés en créations fantaisistes, mais portables. Un trench-coat ou une combinaison rayée, le tout en métal. Ainsi que des perles recyclées, transformées en maillots de bain, "effet massage" en prime.

"Mon travail est vraiment axé sur l'artisanat. C'est une "fabrication lente". Je pense qu'il n'y a pas de règle à suivre, et je porte ces pièces plutôt comme des bijoux", explique la créatrice américaine.


Erika Maish utilise des anneaux recyclés dans ses créations - Sandra Halliday


Des imprimés créatifs

Chez Sally Mankee, tout tourne aussi autour de cette idée de "mode lente" ("slow fashion" en VO) : les produits sont pensés comme des investissements, censés durer toute la vie. Sur le portant, les pièces phares sont une cape et une jupe assorties, imprimées d'images tirées d'un catalogue Harrods de 1890, sérigraphiées sur néoprène.

Son souci du détail est impressionnant, qu'il s'agisse d'une jupe plissée ornée d'imprimés différents de chaque côté des plis, d'une jupe imprimée avec des étiquettes de bouteilles de spiritueux ou d'un manteau réalisé à partir d'ours en peluche. Ces pièces sont-elles réellement viables d'un point de vue commercial ? Apparemment oui : Sally Mankee explique que certaines de ses pièces sont déjà sur liste d'attente...


Sally Mankee est une spécialiste des imprimés - Sandra Halliday


Prévoir l'inattendu

Également engagée dans une démarche "slow fashion", Hannah Stote applique cette approche au tricot. La gagnante du prix GFW 19 Catwalk Knitwear Award n'a pas suivi de formation de styliste maille, gagner ce prix est donc d'autant plus impressionnant.

Si elle a choisi le tricot, c'est qu'elle aime la texture et le processus de fabrication de sa matière à partir d'un simple fil. Sa collection s'inspire des pêcheurs du XVIIIe siècle à Guernesey ; elle est réalisée à partir de laine récupérée sur des "pull-overs, démaillés et retricotés". Chaque griffe précise d'ailleurs le nombre d'heures nécessaires pour réaliser l'article.


Hannah Stote recycle des fils dans son travail autour de la maille - Sandra Halliday


De son côté, Mariah Esa a développé une approche surprenante du recyclage des déchets. Lauréate du Shein People's Choice Award pour GFW19, elle réutilise des étiquettes jetées par l'industrie de la fast fashion pour créer ses pièces. En leur évitant la décharge ou l'incinérateur.

"Le verso de chaque étiquette crée un motif étonnant. Une fois assemblées, les griffes composent de superbes motifs", explique la créatrice, qui a pour objectif de "faire prendre conscience que l'on peut tout réutiliser".

Elle collabore désormais avec la plateforme e-commerce Shein pour créer une collection entièrement réalisée à partir de matériaux de récupération.


Mariah Esa crée de nouveaux tissus à partir de griffes inutilisées du secteur de la fast fashion - Sandra Halliday


Mariah Esa n'est pas la seule à s'être tournée vers le segment le plus industriel de la mode pour créer à partir de déchets. Patrick McDowell collabore étroitement avec Burberry et Swarovski, mais aussi, cette saison, avec Wool & The Gang. D'ailleurs, l'un des pantalons qu'il a présentés dans le cadre de l'exposition a été coupé directement dans une veste de sa première collection. Quant à ses T-shirts, ils portent tous des QR codes, qui renvoient vers un rapport de traçabilité complet.

Après un stage chez Burberry, le jeune créateur a demandé à la vénérable marque britannique de lui confier une partie de ses chutes. Aujourd'hui, Patrick McDowell entretient un véritable partenariat avec Burberry, dont les tissus de première qualité se prêtent bien à son esthétique axée sur le volume et le détail.


La plupart des matériaux de la collection de Patrick McDowell sont recyclés - Sandra Halliday


Enfin, on a également été frappé par le travail d'Ancuta Sarca, une styliste passée par le studio du créateur londonien Ashish, et à qui Nike a offert un stock d'invendus. Ancuta Sarca a su redonner une seconde vie surprenante à ces articles délaissés par le géant américain : elle fusionne sneakers et mules à talons. Sa collection de chaussures hybrides réunit des matériaux et des formes inhabituels, combinés avec un sens du détail impressionnant.


Ancuta Sarca recycle des sneakers pour les transformer en escarpins - Sandra Halliday


La créatrice semble promise à un avenir radieux : cette saison, elle a défilé dans le cadre de Fashion East, et sa collection capsule devrait faire fureur au concept store LNCC. "Pendant l'événement, j'ai été contactée par de nombreux acheteurs", se réjouit-elle, "et sur les réseaux, mon nombre d'abonnés a explosé !".

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