Robert Martin (Club des managers de centre-ville) : « Nous avons besoin de 300 à 400 managers »

A l’heure où le gouvernement met en marche son plan "Action cœur de ville" pour redynamiser les villes moyennes, les quelque 200 managers de centre-ville identifiés en France sont amenés à prendre une importance croissante. Le Club des managers de centre-ville a tenu son congrès le 6 juin à l’occasion du Siec. Son président, Robert Martin,  qui oeuvre à la dynamisation du centre-ville du Havre, nous explique les outils à mettre en place pour accompagner la profession.


Robert Martin, président du Club des Managers de Centre-Ville - Matthieu Guinebault/FNW

FashionNetwork.com : Comment percevez-vous le plan "Action Cœur de ville" ?

Robert Martin : Une seule chose me gêne dans ce plan. C’est qu’il oublie, et c’est un phénomène récurrent, de rappeler quelques éléments basiques aux collectivités, élus ou managers : il y a des dispositions qui existent déjà, qui ne coûtent pas un centime, et qui sont d’une efficacité totale. Par exemple, la protection des linéaires commerciaux. Cet outil permet d’interdire de transformer une cellule de commerce en service, une fois le linéaire commercial défini par la ville. Cela permet de donner une meilleure perception de l’offre commerciale du cœur de ville et d’avoir une offre commerciale homogène, une continuité visuelle de vitrines qui ne soit pas interrompue par des services, banques ou assurances, souvent fermés le samedi après-midi. De plus, cet outil permet d’éviter l’inflation du droit d’entrée et des loyers pour les commerçants. Un autre bon exemple d’outil existant et méconnu, c’est le dispositif anti-friche.

FNW : Comment fonctionne-t-il ?

RB : C’est un outil s’inscrivant dans la loi Allure, qui oblige tout propriétaire à remettre en état son local commercial inoccupé pour ne pas gêner l’avoisinant. Et donc ne pas avoir d'impact négatif sur l’attractivité commerciale de la rue. Or, qui fait cet effort ? Pratiquement personne !
Il faut aussi parler de la taxe sur les friches commerciales. Il y a des propriétaires qui ne louent pas car ils ne veulent pas descendre leur loyer. D’autres le font pour défiscaliser, se mettant en SCI et plaçant en frais déductibles tout ce qu’ils peuvent. Sur ces locaux vides, la taxation à 10 % la première année, 15 % la deuxième et 20 % à la troisième, c’est très dissuasif. Mais souvent, pour des raisons politiques, les élus n’osent pas mettre cette règle en œuvre. De fait, les propriétaires, puisqu’il n’y a pas d’impact, préfèrent ne pas louer. Voilà donc une mesure à mettre en application pour lutter contre la vacance commerciale.

FNW : Quel rapport entretient votre profession avec les détaillants et enseignes ?

RB : Les commerçants voient en nous des alliés. Il suffit de regarder qui sont les partenaires du Club. Cela va de la fédération du commerce spécialisé Procos à l’association des Commerçants de France, le conseil national des centres commerciaux (CNCC), la Fédération de la franchise (FFF), plus de nombreux promoteurs, enseignes et salons professionnels. Et nous travaillons avec l’association Journée nationale du commerce de proximité (JNCP) qui propose aux plus petites collectivités, pas suffisamment grandes pour créer un poste de manager, des diagnostics concernant les animations commerciales à mettre en place.

FNW : Qu’en est-il avec les élus ?

RB : Nous sommes un peu plus de 200 managers identifiés. Et les élus nous relancent constamment pour que nous les aidions à recruter un manager. Une cinquantaine de postes ne sont pas pourvus dans nos villes. J’interviens souvent pour des collectivités afin de les aider dans la conception des fiches de postes, et éventuellement proposer des candidats. Mais le plan "Action Cœur de Ville" se penche sur 222 villes, et le problème est maintenant de trouver les personnes qualifiées pour tous ces centres-villes. D’ici à 2020, nous avons besoin de 300 à 400 managers.

FNW : Patrick Vignal, de Centre-Ville en Mouvement, dit qu’il faudrait plutôt des « Développeur de Centre-Ville »…

RB : Mais Patrick Vignal n’a peut-être pas lu notre référentiel de métier, car c’est déjà la nature d’un manager de centre-ville. Ce n’est pas un rôle qui se limite au commerce. Une ville qui pense remédier à ses problèmes d’attractivité par le commerce est sûre d’échouer. L’attractivité d’un centre-ville est une question de flux. Et ce dernier naît surtout des habitations. Il faut que les collectivités travaillent donc sur l’offre de logement. Si le centre-ville n’a pas de familles nombreuses, il se prive d’une manne importante. Ensuite, si le cœur de ville a une population populaire, celle-ci ira rechercher en périphérie des enseignes correspondant à son pouvoir d’achat. A contrario, une population riche ira chercher une offre des grandes marques dans la métropole la plus proche. La classe moyenne est donc essentielle pour un centre-ville. Or, les cœurs de villes proposent surtout de petits logements peu adaptés à ces familles nombreuses de classe moyenne. Ce qui fait que la ville se prive précisément du flux qui pourrait la faire vivre.  

FNW : Un flux parti en périphérie ?

RB : Pas seulement. Il y a aussi l’emploi, public et privé, qui est parti en périphérie. L’emploi public, a depuis longtemps été délogé des centres-villes. Les seuls qui restent en ville sont les mairies. Le reste, jusqu’aux hôpitaux, est parti en périphérie. Et tout cela, ce sont des emplois perdus en ville. Et on a perdu au passage une capacité de recette et une attractivité qui bénéficiait aux commerces. Donc le commerce à lui seul ne suffit pas, même s’il doit lui aussi s’adapter. Nous préparons d'ailleurs en ce sens avec Procos un guide des bonnes pratiques à mettre en place, qui devrait sortir l’année prochaine.

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