Recrutement : l’industrie textile veut devenir "sexy" pour attirer les jeunes

A l’heure où 72 % des dirigeants de PME-ETI* (entreprise de taille Intermédiaire, ndlr) estiment que les difficultés de recrutement sont un frein à leur croissance, l’industrie textile est tiraillée entre la spécificité des profils recherchés et des candidats devenus très exigeants. La filière cherche plus que jamais à séduire pour attirer une future génération d’artisans, sur fond de nombreux départs en retraite. Un thème au centre d’une table-ronde organisée le 20 juin 2018 à la Maison du Textile à Clichy par l’Union des industries textiles (UIT) et la Fédération de la maille et de la lingerie.


Les industries textiles font face à un vieillissement de leur effectifs - AFP

« Comme beaucoup d’entreprises du secteur, nous avons 20 % du personnel qui partira en retraite dans les cinq ans à venir », a expliqué en introduction Dominique Seau, président de la Fédération de la maille et de la lingerie
et du groupe Eminence, pour qui les problèmes de recrutement s’inscrivent dans un changement plus vaste. « La technologie fait qu’il y a des choses à prendre en compte dans le recrutement, mais également en aval. Il faut apprendre à faire son métier actuel de manière différente, plus productive, pour réduire le délai entre l’idée et la mise sur le marché. Les jeunes cadres ont de la chance. Avec seulement 4 % de chômage chez les cadres, ils vont où ils veulent. On doit désormais se transformer pour correspondre à leurs valeurs. Quant aux non-diplômés, il faut trouver des gens qui acceptent d’apprendre des anciens, mais aussi des anciens qui acceptent de transmettre. »

Un élément qui, pour la DRH commercial et marketing du groupe Chantelle, Catherine Pereda, peut être doublement positif. « On a remotivé grâce à cela des gens en fin de carrière qui ignoraient qu’ils pouvaient transmettre leur savoir. Et c’est aussi valorisant pour les jeunes, qui voient l’entreprise investir en eux », explique la responsable qui insiste sur l’exigence grandissante des jeunes équipes. « De plus en plus, nous devons séduire les candidats. Avant, une annonce me rapportait 800 CV. Maintenant, ils choisissent où ils postulent. En fonction de l’état d’esprit, des valeurs, de l’équipe... C’est là-dessus que les entreprises doivent maintenant faire la différence. »

Une lutte qui touche également les organismes de formation. « Chaque année, je me bats pour aller chercher des étudiants des écoles préparatoires », explique Sandrine Pesse, directrice communication de l’école d'ingénieurs textiles Ensait. « Il est clair que face à une école de tech à Sophia Antipolis, c’est plus difficile pour une école de mode à Roubaix. Mais il faut éveiller les consciences, y compris chez les chercheurs qui ont une idée erronée de la vitalité de l’innovation dans le secteur textile. Il y a de nombreux exemples d’innovation. Nous sommes donc dans un process de communication via des success story, et nous multiplions notre présence sur des événements, ce qui est très important. »

Un sentiment partagé par Nicolas Philippe, responsable du développement commercial de La Fabrique, l’école parisienne des métiers de la mode et de la décoration, qui lutte notamment pour emmener ses étudiants dans les usines en régions et a développé des formations à distance. « On propose aux étudiants d’aller apprendre chez de fabuleuses enseignes et façonniers, installés en province, et ils disent "Je viens d’arriver sur Paris, ce n'est pas pour repartir" », résume le responsable. « Et bien nous avons mis de l’argent sur la table, 500 euros, pour qu’ils puissent s’y loger. Car, comme l’a expliqué Chanel en venant chez nous, les employeurs aiment les profils connaissant la production. Mais un élément reste central pour attirer les étudiants : la formation pour la formation n’a aucun sens, il faut de l’emploi derrière. »

Patron de la TPE Balas Textile qui dû se repositionner face aux départs des productions de textiles techniques vers l’Asie, Olivier Balas est représentatif de ces dirigeants qui se sentent freinés dans leur processus de recrutement. « Nous avons fait 32 % de croissance l’an passé. Il faut des équipes en conséquence, explique-t-il. Nous sommes face à des jeunes travailleurs qui font leur marché. C’est notamment pour cela que nous proposons de plus en plus de travail à distance, et des process leur permettant de travailler de manière plus autonome sur certains sujets. Et cette liberté accordée donne de très bons résultats. Et il faut au passage former les dirigeants à ces nouvelles approches. Il faut que nous soyons sexy ! »

Technico-commerciale pour les maisons de tissus Combier & Sfate et Guigou, Sofia Baghagha, benjamine des orateurs, a par sa présence témoigné de l’exigence de la nouvelle génération de travailleurs textiles, mais surtout illustré la vive passion pouvant animer cette relève tant courtisée. « Ma démarche a été de passer par la technique pour aborder ensuite le commercial. Ce qui fait que tout s’est fait facilement et rapidement. La clef de tout, c’est un jeune travailleur motivé et une entreprise réceptive aux jeunes » a expliqué aux dirigeants de la filière, conquis, la jeune femme de 24 ans, passée par un baccalauréat Métiers de la mode puis un BTS Textile option tissage. Et de conclure : « Ce n’est pas un métier facile, mais c’est un très beau métier ».

* Source Bpifrance

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