Les Nations unies alertent sur l'urgence de changer les pratiques industrielles de la mode

L'Organisation des Nations unies a tenu début mars à Genève une conférence sur les défis posés à l'industrie du textile et de l'habillement tant sur le plan social qu'environnemental. Réunissant professionnels du secteur, experts et dirigeants d'ONG, ce rassemblement fut également pour l'instance internationale l'occasion de s'interroger sur son propre rôle dans les évolutions à insuffler auprès des Etats et des entreprises du secteur.


La Slovaque Olga Algayerova, secrétaire exécutive de la Commission économique pour l'Europe. - UNECE

L'UNECE, la commission économique pour l'Europe des Nations unies, a ouvert la journée sur un constat accablant : l'industrie de la mode, évaluée à 2 500 milliards de dollars (2 031 milliards d'euros), est le second utilisateur mondial d'eau et génère 20 % des eaux usées et 10 % des émissions carbone. Le secteur est par ailleurs, pour l'organisme, responsable de 24 % des insecticides et 11 % des pesticides répandus, bien que n'occupant que 3 % des surfaces arables mondiales. A ceci s'ajoute le fait que 85 % des textiles usagés finissent dans des décharges, où s'échouent chaque année 21 milliards de tonnes de textiles.

Pointant notamment du doigt les conditions de travail des ouvriers du textile dans le monde, les Nations unies ont insisté sur l'urgence à agir, à l'heure où les consommateurs achètent à l'échelle de la planète 60 % plus d'habillement qu'au début des années 2000. Phénomène que va renforcer une classe moyenne mondiale qui va passer de 3 milliards d'individus en 2015 à 5,4 milliards en 2030. Si bien que le secteur consommera trois fois plus de ressources d'ici à 2050 qu'il ne le faisait au début du siècle.

« Il est clair de l'industrie de la mode a besoin de passer à la vitesse supérieure. Elle doit devenir écologiquement rationnelle et soutenir une transformation sociale vers des emplois décents et sains », a pour l'occasion affirmé Olga Algayerova, secrétaire exécutive de la Commission économique pour l'Europe (CEE).

Cette journée a surtout servi à mettre en valeur et prioriser les actions menées par les différents organes de l'ONU. « En janvier, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a réuni les parties prenantes de l'industrie de la mode dans un dialogue sur la mode et l'action climatique pour explorer les approches collaboratives nécessaires pour que l'industrie contribue aux émissions nettes mondiales d'ici 2050 », a notamment expliqué l'UNECE. 

Une initiative qui s'ajoute à de nombreuses autres : du travail mené par la FAO (organisation pour l'agriculture et l'alimentation) concernant la protection des terres cultivables jusqu'à l'Ethical Fashion Initiative fondée par l'International Trade Centre, visant à rapprocher artisans marginalisés et grandes maisons, en passant par le programme des Nations unies pour l'environnement (UNEP), opérant sur la durabilité des productions, ou le travail effectué avec l'Organisation internationale du travail pour l'amélioration des conditions de production, terrain sur lequel opère par ailleurs le Conseil des droits de l'homme des Nations unies.

« Bien qu'il n'existe pas encore d'approche globale au sein du système des Nations unies pour relever les défis complexes de la durabilité dans l'industrie de la mode, les actions et les initiatives prises par les différentes organisations prennent de plus en plus d'ampleur  » assure au final l'UNECE qui, par cette journée, aura notamment illustré la difficulté des actions concertées face à la multitude d'enjeux sociaux et environnementaux liés au secteur textile.

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