Cyrill Gutsch, guerrier des océans soutenu par Adidas

Cyrill Gutsch a un rêve : débarrasser les océans de leurs déchets plastiques. Depuis 2012, cet ancien designer en a fait son combat à travers son association de défense des fonds marins Parley for The Oceans. Une cause qui fait de plus en plus écho dans le milieu de la mode. En 2014, Gutsch s'était associé avec Pharrell Williams pour créer une collection baptisée "Raw for the Oceans" pour G-Star à partir d'une fibre écologique recyclant les bouteilles plastiques. Adidas suivra peu de temps après avec la signature d'un partenariat avec l'ONG en avril 2015. Une collaboration qui s'inscrit sur le long terme puisque Adidas met en vente ce week-end sa dernière gamme de sneakers Parley, modèles ultra-innovants fabriqués à partir de plastique repêché sur les rives des Maldives. Ou comment transformer des déchets polluants en produits de marque.


Erman Aykurt, directeur de création pour Adidas Originals, et Cyrill Gutsch, fondateur de l'ONG Parley for The Oceans - Adidas / Dean Martin Dale

La première gamme de chaussures créée l'an dernier par Gutsch en collaboration avec Adidas avait été réalisée à partir d'un immense filet de pêche de 74 kilomètres, repêché en mer. Pesant plus de 70 tonnes, le filet avait été jeté illégalement dans l'océan par un chalutier thonier hors-la-loi pourchassé par le capitaine Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd, après une très médiatique course-poursuite à travers les mers.

Les nouveaux modèles Adidas x Parley seront disponibles en édition limitée à 10 000 exemplaires, et en vente dès ce samedi 14 octobre au prix de 159,95 euros. Couleurs proposées : bleu Pacifique et bleu Cyclades, évidemment. Erman Aykurt, directeur de création pour Adidas Originals, explique : « Nous avons choisi un style inspiré des années 1990, à l'époque où on se concentrait sur les besoins des athlètes. Notre leitmotiv est d'ailleurs : "Tout ce qui est essentiel, et rien qui ne l'est pas". Il s'agit d'un engagement à long terme avec Parley, et d'un nouveau dialogue ».

Toujours surchargé de travail, Gutsch est en contact avec environ 700 entreprises, et a récemment négocié un accord entre Parley et Anheuser Busch, l'un des plus grands producteurs de bière du monde, qui s'est engagé à arrêter la fabrication de bouteilles en plastique. FashionNetwork.com a rencontré Cyrill Gutsch à Londres pour faire le point sur les sneakers Parley.
 
FashionNetwork.com : Pourquoi travailler avec Adidas ?
 
Cyrill Gutsch : En travaillant pour Adidas, je me suis senti comme un gamin de 18 ans. Quand j'ai lancé Parley, je voulais déjà travailler avec Adidas. C'est plus qu'une simple marque, c'est une structure organique, composée de dizaines de personnes obstinées. Pas facile à maîtriser, mais marquée par une grande tradition d'innovation et de performance technologique. Ça nous a pris deux ans, mais on y est arrivé et on est comme une famille maintenant.
 
FNW : Pourquoi avoir appelé votre groupe Parley ?

C.G : "Parley" signifie "négociation, pourparlers" - dans notre cas, avec la mer. C'est un fait : nous, les Hommes, nous tuons tout ce qui s'y trouve, et très rapidement, consciemment ou inconsciemment. La pollution plastique détruit l'écosystème océanique.


La collaboration Adidas x Parley - Adidas / Dean Martin Dale
 
FNW : Comment avez-vous démarré Parley ?

C.G : J'ai rencontré le capitaine Paul Watson dans un cabinet d'avocats. Il ressemblait à un pirate avec une tête de père Noël. Il venait de sortir de prison et continuait son combat pour l'environnement. Je me sentais totalement inutile de ce point de vue. Mais ce jour-là j'ai commencé à m'intéresser aux océans ; cette rencontre a tout changé.
 
 
FNW : Qu'avez-vous fait dans les Maldives ?

C.G : De même qu'en Jamaïque ou au Sri Lanka, notre travail aux Maldives a consisté simplement à nettoyer les déchets. En intercepter un maximum en amont, ou aller nettoyer les récifs et les fonds marins. Nous avons trouvé des milliers de pneus de voitures, car certains les utilisaient pour construire des "récifs artificiels" mais créaient à la place des déserts toxiques. Et, évidemment, des filets de pêche abandonnés, continuant de piéger des poissons des années après avoir été jetés, entretenant un cycle de mort. Ensuite, nous recyclons ces matériaux, nous créons des fibres écologiques, selon une technologie brevetée qui utilise des plastiques de mauvaise qualité. Parley construit aussi des usines chargées de trier le plastique à recycler, et des écoles pour apprendre nos principes écologiques à des enfants. Il y a plus de 18 000 tonnes de plastique dans le Pacifique Nord ! 
 
FNW : Quels sont vos objectifs ?

C.G : Pour nous, la clé réside dans le terme AIR : Avoid, Intercept et Redesign (éviter, intercepter, recréer). Nous avons créé des écoles maritimes pour former des guerriers des mers. Quand un enfant comprend ce qui se passe, il fait tout pour que ses parents changent. Il faut protéger la beauté des océans.
 

Traduit par Paul Kaplan

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